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James Joyce, l'Irlande, le Québec, les mots

Essai hilare

by Victor-Lévy Beaulieu

About the Book

Victor-Lévy Beaulieu: James Joyce, l'Irlande, le Québec, les mots - Essai hilare

AUTHOR: Beaulieu, Victor-Lévy, 1945-
TITLE: James Joyce, l'Irlande, le Québec, les mots: essai hilare
PREFACE BY: Margaret Atwood
PUBLISHER: Paroisse Notre-Dame-des-Neiges, Québec:
Éditions Trois-Pistoles, 2006
DESCRIPTION: 1,089 pp., illustrated
LANGUAGE: French
ISBN: 2895831408
OCLC: 76800124
SUBJECTS:
  • • Joyce, James, 1882-1941 —
       Critique et interpretation
  • • Romanciers irlandais —
       20e siècle Biographies
  • • Joyce, James, 1882-1941 —
       Criticism and interpretation
  • • Novelists, Irish —
       20th-century Biography

Begun in 1973 and over 30 years in the making, this extraordinary work by one of Québec's best-known and most prolific authors took longer to write than Ulysses and Finnegans Wake combined; and as a genuine masterpiece of world literature, it represents a rare pinnacle in the art of the literary essay.

As with his previous book-length essays on such figures as Victor Hugo, Jack Kerouac, and Hermann Melville, Victor-Lévy Beaulieu (or "VLB" as he is popularly known) pushes the envelope of this familiar artform, achieving in the process a kind of fusion between author and subject that easily puts it on a par with anything one might find in George Orwell, Matthew Arnold, or The Education of Henry Adams.

The leading light among contemporary québécois authors, VLB attempts in this book, at least on the surface, to explore both the similarities and the differences between two lands: Québec and Ireland. Despite their huge dissimilarities in geography, language, and cultural heritage, he discovers much that they have in common, not least of all the influence of Roman Catholicism and long, often brutal domination by British conquerors. Yet from this modest premise his thoughts expand into an astonishingly vast realm of interconnected threads, incorporating Irish saga, Greek mythology, Canadian luminaries, the writings of Yeats, T.S. Eliot, and Ezra Pound, Lewis Carroll's "Jabberwocky," and much more, presented in a manner by turns passionate, hallucinatory, elegiac, and comical.

Through his narrator and alter ego in the book, Abel, who spends his days reading and writing, surrounded by his seven dogs and a small black sheep, VLB plays by turns the rôle of professor, biographer, novelist, lampoonist, poet, and translator, weaving together for the reader into a coherent whole the disparate threads of his story. In many respects, it is as much an epic as Homer's Odyssey or Joyce's Ulysses; and by any standard a tour de force.

Beaulieu himself calls James Joyce, l'Irlande, le Québec, les mots a "hilarious essay" in the subtitle. Yet categorizing this book as an "essay" hardly does it justice. Part novel, part history, part biography, part autobiography, and of course part homage to James Joyce himself — whom VLB characterizes as the greatest writer of the 20th century ("le plus grand écrivain du 20e siècle") — the reader will find herein much more than a pastiche of literary forms and content. Finally, it is no more and no less than an intellectual reverie of the highest order.


This book may be purchased online
from Librairie Pantoute.

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The "Joyce Tower"
Sandycove, Ireland

Martello Tower - Sandycove, Ireland

[source: Frank Weaver]

Martello Tower
Québec, Canada

Martello Tower - Québec, Canada

[source: www.JoyceImages.com]


About the Author

Victor-Lévy Beaulieu

A novelist, playwright, poet, and essayist, Victor-Lévy Beaulieu was born September 2, 1945 in Saint-Paul-de-la-Croix, Québec, and is one of the most prolific writers of la Belle Province. Very active in the field of publishing, he founded (with Léandre Bergeron) the publishing house of Éditions de l'Aurore and later, in 1976, Éditions VLB. A professor of literature who taught at l'École nationale de théâtre du Canada from 1972 to 1978, VLB is the author of numerous novels, plays, and essays. He has also written for radio and television. In 1985, he left publishing to write full-time.

He has won much recognition and many literary awards for his work, among them the Prix du Gouverneur général du Canada (1974) for Don Quichotte de la démanche and the Prix Québec-Paris for Monsieur Melville (1979), as well as the Canada-Belgique, Duvernay, and Arthur-Buies prizes (1980, 1981, and 1987, respectively). In 1993 he received the Grand Prix de théâtre from the Journal de Montréal for his play Sophie et Léon. The Athanase-David prize, which he received in 2001, was awarded in recognition of the achievements of his voluminous body of work.

Victor-Lévy Beaulieu is a formidable, almost Whitman-esque, and perhaps even a somewhat eccentric writer, with a reputation for turning scholarly conventions on their head. Nevertheless, his work is grounded in a solid literary tradition, with influences as diverse as Herman Melville, Jacques Ferron, and, of course, James Joyce.

See author's biography in the Encyclopedia of Literature in Canada »


 

Excerpt from James Joyce, l'Irlande, le Québec, les mots

Ce travail de Joyce sur la langue et les symboles qui y sont attachés, corps du simple individu, et corps de toute l'humanité, je rêve de le faire à la québécoise comme Jacques Ferron devait s'y atteler en écrivant la vie et la mort de Rédempteur Fauché, cette oeuvre de la plus haute autorité comme il l'appelait.

Mais les choses n'étaient pas aussi simples que je le pensais quand je prenais mes notes sur Finnegans Wake. Je n'avais pas assez fréquenté les souterrains de ma propre histoire pour en exhumer ossements, morceaux de nerfs, de muscles et de peau comme Joyce l'avait fait afin de leur insuffler une nouvelle vie en forme d'épée-pantomime. Pour pouvoir tout dire, il faut tout savoir du soi et du hors-du-soi. Ça demande une érudition que je n'avais pas et une manipulation des informations dont je ne maîtrisais ni les tenants ni les aboutissants. Quatre écrivains québécois me le firent comprendre. Il y eut Hubert Aquin, qui avait lu Ulysse et Finnegans Wake : dans ses romans Prochain épisode, L'Antiphonaire et Trou de mémoire, Joyce était tout-partout, aussi bien dans le fond que dans la forme. Aquin avait presque réussi à l'enquébécoiser. Mais en choisissant de le faire en une langue française qui ne laissait pas beaucoup de place à la québécoise, son oeuvre révolutionnaire ne le fut qu'à moitié, elle achoppa sur la pierre de notre singularité linguistique perçue par Aquin comme un manque et non comme un jaillissant trop-plein de vie. Quant à Jacques Ferron, le plus grand des écrivains québécois contemporains, il m'apprit ce que fut et ce qu'est mon pays. Mais si je dis qu'il préférait Charles Dickens à James Joyce, on comprendra qu'il privilégiait l'utilisation de la langue commune (que l'écrivain devait revisiter en la travaillant comme un orfèvre fait d'un diamant brut) : Je n'admets que les mots anciens, a-t-il écrit. J'ai peut-être fait quelques mots à la Queneau, dit ouhandeurfoulle pour wonderful, Nouillorque pour New York, mais je m'en garde à présent, n'aimant plus Queneau. Je n'ai jamais inventé de mots. Je suis un écrivain conservateur, sans aucun goût pour les innovations quelque peu enfantines de mes confrères. Par ces innovations, on peut échapper aux vices de l'habitude et disposer d'une rigueur nouvelle, mais l'imitation y prévaut rapidement et l'on ne sait jamais qui est le véritable innovateur. La langue simple et populaire qu'il défendait, Ferron l'appelait la sagesse des nations et c'était pour lui un capital qu'il ne fallait pas entamer parce que nous vivions en Amérique saxonne et que notre langue risquait ainsi de se dissoudre si elle ne s'en tenait pas à dire justement ce qu'elle devait dire. Quand je lui parlais de Finnegans Wake, Ferron haussait les épaules et m'envoyait paître chez Claude Gauvreau : « Lisez-le. Vous verrez alors jusqu'où on peut aller dans l'expérimentation d'un langage singulier et ce que ça donne d'y aller. » Dans La Charge de l'original épormyable, Gauvreau fait parler ainsi Mycroft Mixeudeim, le personnage principal de sa pièce de théâtre : « Dérision. Il n'y a pas de commune mesure entre la densité et la tiède sagesse. Oh ! Oh ! La robe verte a des charmes en forme de glands. Pustules-bonté ! On a volé le manuscrit. Pour qu'il ne puisse pas rouspéter, on a pris son oeuvre comme otage. "Tais-toi, pendant que nous ferons les cons : sinon, nous saccagerons ton bien." Le léthargique se meurt, et on l'aide à mourir. Parfois, on a besoin de lui et on souhaite qu'il meure un peu plus tard. C'est rare. D'où vient la léthargie ? Qui l'a souhaitée secrètement, et en fait une flèche fluidique ? Qui a englué le corps d'une couche de farine mouillée ? Qui l'a voulu ? Qui l'a laissé faire ? Qui l'a approuvé ? Des diamants rient à gorge déployée dans les vitrines. Maintenant les drapeaux ont des queues de misère. Derrière tout blanc. Noces lyriques de l'adolescence. Mariage illégal de la maturité. Synthèse coriace de la décadence. Désarmement obligatoire. Les caves jubilent ! Les mijaurées se donnent du plaisir, le but est atteint ! Les alliés se prosternent, baisent leur propre futilité. "Il faut les bâillonner !" "Rappelons-lui ses injustices !" Les pleutres armés de pleutrerie montent à l'assaut du lion écrasé. Des guirlandes d'hosties jettent une note de bleu âtre dans le ciel tranquille. Les hommes se donnent la main. Les femmes se donnent le pouce. Un univers se lève sur une aurore courbe. »

Ne dirait-on pas qu'on est en plein Finnegans Wake, que ce soliloque de Mycroft Mixeudeim fait la synthèse de ce que peut être le Wake même si Gauvreau en était à mille milles et un mille quand il écrivit La Charge de l'orignal épormyable, du moins je l'imagine, puisqu'à ma connaissance, il n'en a jamais parlé nulle part et que les deux ou trois fois où je l'ai rencontré, il jouait à l'oreille casquée avec moi quand je voulais l'emmener en joycerie.

Dans son oeuvre, plus précisément L'Avalée des avalés et Les Enfantômes, Réjean Ducharme a démontré superbement que la langue québécoise a son génie bien à elle et qu'elle peut se montrer fulgurante quand on en brise les baleines de corset qui l'étouffent.

Pour écrire un Finnegans Wake québécois, il faudrait donc être tout à la fois Hubert Aquin, Jacques Ferron, Claude Gauvreau, Réjean Ducharme et quelque chose de plus encore, ce que Luis-Jorge Borges a parfaitement circonscrit quand il a dit : « C'est facile d'écrire le Quichotte. Il faut connaître à fond l'Espagne, avoir lu tous les romans de chevalerie et s'appeler Cervantès. » Ainsi naît le Livre totalisant, celui auquel Joyce s'est attelé en écrivant Finnegans Wake et celui auquel s'attellera un jour le Dieu-Thoth québécois quand seront enfin réunies les conditions gagnantes, au-delà du beau risque et de l'amnésie globale transitoire dans laquelle nous pataugeons parce que nous avons encore peur de la grandeur. Oh, la bourage de l'entour ! comme dit Becket-Bobo dans La Charge de l'orignal épormyable, avant d'ajouter pour faire faim-fin : Si nous ne trouvons pas de solution, nous en ferons de l'engrais ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Rideau.

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